Chaque matin, bien avant que le soleil ne se lève sur l’île Maurice, un rituel immuable se met en place. Au cœur des champs de cannes à sucre de Médine, deux silhouettes avancent, les bras chargés de nourriture et de bidons d’eau. Ce sont Nathalie et Diane, deux femmes au grand cœur unies par une mission qu’elles se sont donnée : nourrir une soixantaine d’âmes oubliées.
Pour cette meute de chiens abandonnés, le bruit de leurs pas est devenu le signal de la vie. Leur journée à elles ne commence pas avec un café, mais par la préparation méticuleuse de dizaines de kilos de croquettes et de pâtées. Un parcours de 4 kilomètres à pied, qu’il pleuve ou qu’il vente, pour apporter le réconfort à des animaux souvent traumatisés par la cruauté humaine.
Une mission née du confinement
Rien ne prédestinait Nathalie, 60 ans, et Diane, 63 ans, à devenir les gardiennes de cette immense meute. Tout a commencé pendant la crise du Covid, face à la vague d’abandons d’animaux livrés à eux-mêmes. « Tout est parti de là et on n’a jamais pu s’arrêter », confie Nathalie. Ce qui n’était au départ qu’un geste de compassion pour quelques chiens affamés est devenu, six ans plus tard, une mission de vie.
Plus que des chiens, une famille
Aux yeux d’un passant, ces chiens pourraient tous se ressembler. Mais pour Nathalie et Diane, chacun est unique. Elles les appellent tous par leur nom, leur rendant ainsi la dignité que l’abandon leur a volée. Il y a « Poupette », « Nez Rose » et son museau si particulier, « Caramel » à la robe dorée, ou encore « Robin », le justicier des friches. Ce simple fait de les nommer transforme une meute anonyme en une véritable famille.
Un combat quotidien et coûteux
Ce dévouement a un prix. Chaque mois, le couple dépense entre 25 000 et 30 000 roupies (environ 500 à 600 euros) rien qu’en croquettes. À cela s’ajoutent les frais vétérinaires, notamment pour la stérilisation, seule solution pour briser le cycle de la misère. Sans aucune aide ni subvention, elles financent tout sur leurs propres fonds. Avec la retraite de Nathalie qui approche, l’inquiétude grandit. Aujourd’hui, elles osent demander un peu d’aide, notamment des dons de nourriture, pour continuer à offrir à leurs protégés leur unique source d’amour et de survie.