Des électrodes électriques abandonnées contre un mur, près de cages rouillées où gisent des crânes de chiens. Cette scène macabre, découverte dans un abattoir déserté de Pyeongtaek, en Corée du Sud, est le symbole silencieux d’une industrie à l’agonie. Le pays s’apprête à tourner une page sombre de son histoire en interdisant la consommation de viande de chien.
Pourtant, une question angoissante demeure sans réponse. Il y a peu, près de 450 000 chiens étaient encore parqués dans ces élevages de la mort. Aujourd’hui, les autorités n’en dénombrent plus que 20 000. Que sont devenus les centaines de milliers d’animaux qui se sont volatilisés en si peu de temps ? Le mystère est aussi total que glaçant.
Une disparition massive et non élucidée
En janvier 2024, une loi historique a été adoptée, interdisant l’élevage, l’abattage et la vente de chiens pour leur viande. Pour accompagner la transition, le gouvernement a offert des compensations financières aux éleveurs acceptant de cesser leur activité. Une prime était versée pour chaque chien dont ils se séparaient, mais avec une faille de taille : aucune condition n’était posée sur le sort des animaux.
Un inspecteur du ministère l’a confirmé anonymement : « Notre rôle est de vérifier que les chiens ne sont plus présents […] avant de verser l’indemnisation. Nous n’intervenons pas dans ce qui a été fait des chiens ». Les chiffres officiels sont dérisoires. Seuls quelques centaines d’animaux ont été placés dans des refuges ou adoptés, laissant un vide immense et une terrible incertitude.
« Probablement déjà mangés »
Pour les associations de protection animale, le doute n’est guère permis. « Si un grand nombre de chiens sauvés avaient intégré des programmes d’adoption, des associations comme la nôtre en auraient eu connaissance », explique Kim Young-hwan, de l’organisation CARE. Faute de campagnes d’adoption massives, le pire scénario se dessine.
Interrogé sur le sort des animaux disparus, Ju Yeong-bong, un ancien éleveur, livre une réponse brutale et sans détour. Selon lui, ils ont très probablement « déjà été mangés ». Une hypothèse révoltante pour les défenseurs des animaux, qui dénoncent une fin précipitée et cruelle, accélérée par l’appât des primes gouvernementales.
Une cruauté bientôt illégale
Cette nouvelle loi vient combler un vide juridique qui a permis des décennies de souffrance. N’étant pas classés comme du bétail, les chiens ne bénéficiaient d’aucune norme de bien-être. Les militants décrivent des méthodes d’abattage d’une cruauté inouïe, comme l’électrocution ou la pendaison, souvent devant leurs congénères.
L’association KARA, qui a sauvé 29 chiens de la ferme de Pyeongtaek, a porté plainte contre son propriétaire pour cruauté. Si la loi arrive trop tard pour les centaines de milliers de victimes silencieuses de cette transition, elle marque un tournant décisif pour l’avenir des droits des animaux en Corée du Sud.