C’est une phrase qui glace le sang, non pas parce qu’elle vient d’un détracteur, mais d’une femme qui s’est battue pour lui. « Curtis est un chien qui a été entraîné à tuer. C’est une bombe à retardement. » Ces mots sont ceux de Marjorie Tortosa, présidente d’une association qui, autrefois, clamait l’innocence du pitbull au cœur de la tragique affaire Pilarski.
L’annonce a eu l’effet d’une déflagration. Christophe Ellul, le compagnon d’Elisa Pilarski, a fait appel de sa condamnation. Cette décision suspend l’euthanasie de Curtis, un soulagement pour des milliers de sympathisants en ligne. Pourtant, pour ceux qui connaissent le dossier de l’intérieur, cet appel n’est pas une victoire, mais le début d’un nouveau calvaire pour le chien lui-même.
Un appel qui condamne le chien à la solitude
Contrairement aux images qui circulent sur les réseaux sociaux, Curtis n’est pas maltraité dans le refuge où il est détenu. « Il a bien pris du poids. Il a été soigné […]. Les soigneurs y sont attachés », assure Marjorie Tortosa, qui a pu avoir des nouvelles. Loin d’être enfermé dans le noir, il reçoit des soins attentifs.
Mais la réalité est cruelle : l’appel de son maître le condamne à rester derrière les barreaux, peut-être des années encore. Au lieu d’une fin digne, qu’elle soit heureuse ou non, Curtis est voué à une vie d’enfermement. « Il aurait pu enfin être libéré, partir en paix. Là, Curtis va crever à la SACPA », dénonce la présidente de l’association, écœurée.
Des accusations de manipulation
Pour Marjorie Tortosa, le geste de Christophe Ellul n’a rien d’un acte d’amour. Elle, qui avait lancé une première cagnotte pour le chien en 2019 avant de subir un harcèlement terrible, y voit une méthode bien rodée. « Je pense que c’est de la manipulation. Comme il a fait quand il y a eu le décès d’Elisa. Il manipule l’opinion publique par rapport à Curtis. »
Elle soupçonne que l’objectif réel est financier, visant à capitaliser sur l’émotion du public pour récolter des fonds. « Christophe Ellul, lui, il s’en fout. Ils n’ont pas compris que Curtis allait crever en cage », lance-t-elle sans détour, dénonçant un appel qui sert les intérêts du maître au détriment de l’animal.
Les victimes oubliées de l’affaire
Au milieu du tumulte médiatique autour du chien, Marjorie Tortosa rappelle une vérité poignante : les premières victimes sont humaines. « La famille d’Elisa va devoir revivre un procès avec tous les détails sordides », s’indigne-t-elle. Un nouveau procès qui rouvrira des plaies à peine cicatrisées.
Elisa Pilarski avait 29 ans. Elle était enceinte de huit mois et s’apprêtait à donner la vie à un petit garçon, Enzo. « Rares sont les gens qui ont une pensée pour eux », regrette Marjorie. Dans cette affaire, l’émotion pour l’animal a bien souvent éclipsé la mémoire d’une mère et de son enfant à naître.