La scène se déroule en plein cœur de Rennes, sur la place Sainte-Anne. Pour Tony, Prima et leurs amis, c’était une journée comme les autres, jusqu’à ce qu’une vingtaine de policiers municipaux et nationaux surgissent. Le temps s’arrête, l’incompréhension domine. L’opération est rapide, ciblée, et pour ces hommes et ces femmes qui n’ont presque rien, elle vise ce qu’ils ont de plus cher : leurs chiens.
« Ils sont venus de tous les côtés. Ils nous ont encerclés », racontent Tony et Prima, encore sous le choc. Sous leurs yeux, six chiens sont saisis, emmenés de force vers la fourrière. Pour leurs maîtres, c’est un déchirement. Ces animaux ne sont pas de simples compagnons, ils sont leur famille, leur unique source de réconfort et de sécurité dans la dureté de la rue.
Une opération pour la « tranquillité publique »
La mairie justifie cette intervention par la nécessité de rétablir « la tranquillité publique ». Elle évoque des tensions, des rixes, une alcoolisation excessive et des chiens non tenus en laisse. Au total, huit verbalisations sont dressées, s’appuyant sur des arrêtés municipaux.
Pourtant, cette version est loin de faire l’unanimité. Pour les personnes sans-abri, ce rassemblement était un hommage à un ami décédé la veille. « Un pote à nous est mort, donc on s’est rassemblé pour lui. Puis, ce sont des chiens, bien sûr que ça fait du bruit. Il faut que ça vive », se défendent-ils. Un commerçant de la place confirme : « Ils ne dérangent pas et ils sont présents toute l’année. »
Un élan de solidarité face au désespoir
La nouvelle de la saisie se répand et provoque une vague d’indignation. L’association Gamelles pleines, qui aide les plus démunis et leurs animaux, est sur place. Sa présidente ne comprend pas : « Les chiens ont été raflés alors qu’ils étaient tous attachés et pas en divagation. » Pour récupérer un animal, il faut payer près de 100 euros, une somme impossible à réunir pour ses propriétaires.
Face à ce drame, la solidarité s’organise. Une cagnotte en ligne est lancée et le succès est immédiat. En quelques jours, plus de 2000 euros sont récoltés, bien assez pour payer les frais de fourrière. Grâce à cet incroyable soutien, les six chiens ont pu retrouver les bras de leurs maîtres, mettant fin à une séparation insupportable.
Si les retrouvailles ont été joyeuses, une amertume demeure. Pour ces hommes, l’opération estivale est une manière de les chasser du centre-ville. « C’est pour éviter les zonards, on fait tache dans le décor », conclut l’un d’eux, avec le sentiment que leur lien unique avec leur animal restera toujours fragile aux yeux des autres.