Dans le silence d’un abattoir abandonné de Pyeongtaek, au sud de Séoul, des électrodes électriques traînent près de cages rouillées. À l’intérieur, une vision d’horreur : des crânes de chiens. Cette scène macabre est le vestige d’une industrie qui s’éteint, mais elle soulève une question angoissante.
En janvier 2024, la Corée du Sud a voté une loi historique interdisant l’élevage et la vente de chiens pour leur viande, une mesure qui entrera en vigueur en 2025. Une victoire pour les défenseurs des animaux, mais qui cache une réalité glaçante. Car entre 2024 et aujourd’hui, près de 400 000 chiens se sont tout simplement volatilisés des registres.
Où sont passés ces centaines de milliers d’âmes ? Le mystère est aussi troublant que la réponse probable. Les associations de protection animale craignent le pire, et les témoignages recueillis sur place confirment leurs plus sombres pressentiments.
Un plan de compensation sans suivi
Pour accompagner la transition, le gouvernement a offert des primes aux éleveurs pour chaque chien dont ils se séparaient. Une aide financière pour les aider à fermer leurs exploitations et à se reconvertir. Mais un détail crucial a été omis : le suivi des animaux.
« Notre rôle est de vérifier que les chiens ne sont plus présents […] avant de verser l’indemnisation », a confié un inspecteur du ministère. « Nous n’intervenons pas dans ce qui a été fait des chiens ». Cette absence de traçabilité a laissé la porte ouverte à tous les abus, loin des regards.
La terrible hypothèse d’un massacre de masse
Face à ce vide, les associations sont catégoriques. Si ces chiens avaient été massivement placés dans des refuges ou des programmes d’adoption, elles en auraient eu connaissance. Or, seules quelques centaines ont officiellement été sauvés. La vérité, aussi insoutenable soit-elle, est murmurée par un ancien éleveur.
Interrogé sur le sort des animaux disparus, sa réponse est lapidaire et terrible : ils ont probablement « déjà été mangés ». Une façon, pour certains, de liquider les stocks avant l’interdiction totale. Pour les militants, cette possibilité est « révoltante », d’autant que leurs petites structures n’avaient pas les moyens de gérer un sauvetage d’une telle ampleur.
Une loi pour mettre fin à l’horreur
Cette disparition massive met en lumière la cruauté d’un secteur qui a longtemps opéré dans un vide juridique. Les chiens n’étant pas classés comme du bétail, aucune norme de bien-être animal ne s’appliquait. Les méthodes d’abattage étaient souvent barbares, comme l’a expliqué une militante.
Elle décrit des animaux restant « conscients pendant que leurs organes brûlaient », sous le regard terrifié des autres chiens. Si la nouvelle loi arrive trop tard pour ces milliers de victimes silencieuses, elle promet de mettre fin pour de bon à cette horreur et de s’assurer qu’un tel drame ne puisse plus jamais se reproduire.