C’est un homme brisé qui fait face à la justice. Assis sur le banc des prévenus, Christophe Ellul écoute, le visage fermé. Pendant des années, il a défendu son chien Curtis, niant l’impensable : que son animal ait pu tuer sa compagne, Elisa Pilarski, enceinte de six mois.
Dans la salle d’audience du tribunal de Soissons, l’atmosphère est pesante. Chaque mot de la procureure résonne comme un coup de tonnerre. Les preuves s’accumulent, dessinant une vérité que Christophe Ellul semble incapable d’affronter. Mais c’est une seule phrase, concernant le sort de son compagnon à quatre pattes, qui le fera s’effondrer.
Un SMS au cœur du drame
Au fil des audiences, le doute n’est plus permis pour l’accusation. L’ADN de Curtis a été retrouvé en abondance sur le corps de la victime, et l’analyse de 19 morsures correspond à la mâchoire du pitbull. Un élément a particulièrement pesé dans la balance : un SMS envoyé par Elisa à son compagnon juste avant le drame, où elle écrivait « je le fais piquer ».
Pour la procureure, ce message est la clé. Il suggère qu’Elisa avait peur de Curtis, ou que le chien avait déjà montré des signes d’agressivité. « Quand vous arrivez sur place, ce que vous souhaitez faire, c’est mettre hors de cause votre chien », a lancé la magistrate, convaincue que Christophe Ellul a sciemment caché la vérité pour protéger son animal.
« L’euthanasie » : les mots qui brisent un homme
Après avoir requis quatre ans de prison avec sursis pour homicide involontaire, la procureure s’est tournée vers le cas de Curtis. Qualifiant le chien d’« extrêmement dangereux », elle a estimé ne pas avoir d’autre choix. « Je ne vois pas comment je peux requérir autre chose que son euthanasie », a-t-elle déclaré.
À l’énoncé de ces mots, Christophe Ellul, qui avait tenu bon jusque-là, a fondu en larmes. Une réaction viscérale qui expose toute la complexité de ce drame : celle d’un homme qui a perdu la femme qu’il aimait, et qui risque de perdre l’animal au centre de cette tragédie.
Quel avenir pour le chien Curtis ?
Le sort de Curtis n’est cependant pas encore définitivement scellé. Une association de protection animale, constituée partie civile, a demandé une nouvelle expertise comportementale du chien, qui vit en refuge depuis les faits. Selon son avocat, l’animal « a pu évoluer dans un bon sens » et perdre son agressivité, liée à un entraînement au mordant illégal.
L’avocat de Christophe Ellul a plaidé la relaxe, décrivant un « homme détruit » qui « n’a plus de vie ». La famille d’Elisa, digne dans la douleur, a enfin obtenu des réponses. Le tribunal rendra sa décision finale le 11 juin 2026, laissant un homme et son chien face à leur destin.