Juchés sur leurs scooters, ils fendent l’air lourd de poussière et de peur. Kamal, Khalil et Rim ne sont pas des soldats, mais leur mission est tout aussi périlleuse. Armés de gants épais et de cages de transport, ces bénévoles foncent vers la banlieue sud de Beyrouth, une zone quotidiennement bombardée.
Leur objectif est simple mais vital : récupérer les chiens et les chats que leurs propriétaires, dans la panique de la fuite, n’ont pas pu emmener. Chaque jour, cette petite équipe de l’ONG Animals Lebanon sillonne les rues jonchées de débris, à la recherche d’animaux terrorisés et pris au piège dans les ruines.
Une mission au péril de leur vie
Le danger est partout. Non seulement à cause des frappes qui peuvent survenir à tout moment, mais aussi à cause des animaux eux-mêmes. Terrorisés par les explosions, ils ne comprennent pas que ces humains sont là pour les aider. « Nous savons que nous risquons nos vies », confie Khalil, en montrant les griffures qui zèbrent ses mains.
L’équipe se déplace à scooter, un véhicule plus agile pour s’enfuir en urgence si la situation dégénère. Une jeep attend en retrait pour transporter les animaux secourus chez le vétérinaire. Aujourd’hui, ils cherchent deux chats : l’un, blessé et à moitié paralysé, et l’autre, qui se cache depuis une semaine après avoir sauté d’un appartement bombardé.
« Ce sont des êtres vivants »
Pourquoi prendre de tels risques ? Pour Issam Attar, un autre bénévole, la réponse est une évidence. « Ce sont des êtres vivants, ils ne sont pas responsables des guerres », insiste-t-il. Au-delà de la compassion, il y a aussi la volonté d’aider les familles déplacées, dévastées d’avoir dû abandonner leur compagnon.
Grâce à leur courage, l’ONG a déjà secouru 241 animaux dans les zones bombardées. L’organisation ne se contente pas des sauvetages : elle nourrit les animaux errants et distribue de la nourriture aux familles qui ont tout perdu.
Un sauvetage inattendu
Parfois, les missions réservent des surprises de taille. Au milieu des chats domestiques hébergés dans leurs locaux, l’équipe a recueilli une petite lionne de cinq mois, confisquée à des trafiquants juste après le début du conflit. Un autre lionceau a été localisé, mais leur évacuation est un véritable défi.
Pour l’heure, les deux félins sauvages sont coincés au Liban, les compagnies aériennes ayant annulé leurs vols. Mais à Haret Hreik, une petite victoire a été remportée : Kamal, Khalil et Rim ont réussi à retrouver et capturer les deux chats qu’ils cherchaient. Deux vies de plus, sauvées du chaos.